gérald foltête

Mon travail oscille entre les deux infinis. Je m’intéresse principalement aux pôles (géant, minuscule ; noir, blanc ; froid, chaud) mais aussi et surtout aux humeurs et aux relations humaines extrêmes. Dans le premier volet de mon travail, Je me suis rapproché de certains grands auteurs (Victor Hugo, Gogol, Dostoïevski, Van Gogh etc.). En retranscrivant certains de leurs écrits j’arrive à mieux pénétrer leurs textes, éprouver leur solitude et leurs tourments. A travers ces exemples, ce sont les recherches sur la nature humaine dans son ensemble qui motive mon travail. Cet exercice patient et solitaire induit une sorte d’extase, une mélancolie dans le sens défini par Victor Hugo (la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste). J’explore la liberté, la solitude, le temps et la mélancolie qui résulte de cette expérience. Le deuxième volet de mon travail, met en scène sous forme d’installations, des univers auxquels je suis sensible. Ce sont des scénettes, qui par la stricte délimitation de leur espace, forcent la focalisation de l’attention et encouragent le regardeur à la réflexion. Je m’attache, même lorsque je traite de sujets graves, de problématiques humaines ou de phénomènes sociétaux, à produire une émotion poétique. Il me semble que l’art contemporain s’épuise parfois dans l’explication de son geste et du signifié qu’il poursuit. Je cherche de mon côté, à ne jamais sacrifier la dimension purement « esthétique » de l’œuvre. Friedensreich Hundertwasser disait: « rêver seul, ce n’est qu’un rêve. Rêver ensemble, c’est le début d’une réalité ! ». Mon ambition est de donner réalité à un rêve commun, rassembler autour de l’expression plastique que je propose de ce rêve. Gérald Foltête. Janvier 2018 Gérald Foltête par Jacques Dor En une poétique du noir et blanc infiniment passionnée, le travail de plasticien de Gérald Foltête est guidé par un sens graphique particulièrement pertinent et inventif. Il décline son art avec cohérence, même s'il n'hésite pas à le remettre en jeu au travers de différentes écritures, la photographie, la sculpture, l’installation... Et cependant tout se tient dans cette orchestration, à l'intérieur de laquelle Gérald Foltête fait entendre une singularité affirmée et plurielle, rigoureuse et débridée, sobre et rêveuse à la fois...
Il y a chez lui, un goût, un besoin, une apparente obsession, une fascination, pour la répétition, pour la déclinaison ; établir des ponts à l'infini, tisser des suites de liens invisibles ... Gérald Foltête écrit des textes sur ses toiles, textes empruntés à d'immenses auteurs, c'est comme une nécessité de les donner à voir au-delà du sens, de les donner à lire autrement, comme pour exprimer ce besoin de rentrer physiquement dans l'écriture, à l'intérieur des phrases. Gérald Foltête fait de la besogneuse punition scolaire du recopiage, une sorte de transe amoureuse, transe graphique, fleuve qui lui permet de rentrer dans le rythme du texte, le cœur battant des mots et d'en étendre la dimension physique. Une lecture à l'épreuve de la main, une démarche qui défie le temps... Obstination contre obstination, comme s'il était possible de dresser des murs de signes contre cette gangrène qui dévore tout sur son passage. La répétition des gestes contre la barbarie ordinaire du temps ?

Gérald Foltête sait aussi mettre en scène des installations où le corps, silhouette intemporelle, traverse les paysages, les matières, les signes, les usages. Rituel où la divinité humaine, souvent féminine, s'accorde aux abstractions graphiques, s'y inscrit, y devient centre comme jamais. Comme si l'humaine présence s'imposait à l'univers mental de l'artiste, aussi libre de s'abstraire que de figurer.... de variations en variations. 
L'imaginaire mis en boîtes, cubes rigoureux où s'inscrivent des « scénographies » de mondes parallèles, blocs d'imaginaire arrachés au néant, aux rêves ? Opéras, créations théâtrales en projet ? Comme si la scénographie précédait les mots, en puits d'inspiration sans fond. Des cubes qui se renouvellent graphiquement avec une invention d'une réjouissante beauté ; série, elle semble sans limite. 
On imagine voir des corps se mêler à ces propositions, on imagine voir se développer de telles compositions dans de plus vastes cubes, plus vastes espaces encore... Oui, on devrait exposer (de toute urgence) Gérald Foltête au Grand Palais, il y aurait sa place ; certaines de ses œuvres pourraient y être libérées dans l'espace, à grande échelle, et nous pourrions les parcourir, les traverser, se laisser traverser par elles... 
Une telle exposition nous montrerait d'évidence la dimension réelle du travail de Gérald Foltête : rare et talentueux scénographe de l'imaginaire. Gérald Foltête par Michel Crance Né à Besançon le 27 mai 1966 dans la région du poète romantique Charles Nodier, du géant Victor Hugo, des grands frères Lumière, Foltête nourrit sa sensibilité dans cette ville, au pied des montagnes arrondies du Jura. Les courbes de niveau des cartes d’état major forgent la mémoire du marcheur, aiguisent sa perception de l’horizon et du plan vertical. La mélancolie blanche et joyeuse des Hautes Alpes le saisit. Les roches se colorent en noir d’ivoire, surgissent de la matière brute. La musique réveille ses sens, le cinéma l’appelle dans ses images mobiles et nourrit le dynamisme de ses créations cinétiques. Foltête a pris son nom au pied de la lettre. Son fol imaginaire s’avance sans idée préconçue. L’hélice du désir le guide dans le déséquilibre de ses compositions emportées dans l’infini de l’espace. Des femmes de belle époque, dans leur nudité stylisée, s’avancent en funambule dans des paysages mystérieux, aériens et maritimes. Foltête, c’est aussi un plasticien du sensible qui calligraphie ses lectures. Les livres de Stephan Zweig, Nicolas Gogol, Virginia Woolf, Richard Brautigan…, se calligraphient en intégral sur des toiles parchemin. La coulure de l’encre sèche, la rature s’impose, la tâche se révèle. L’œuvre picturale donne corps au manuscrit et l’inscrit dans un paysage unifié. Une création n’est jamais close tant que le regard, la parole, l’interpellent, la font vivre et se mouvoir. Le riche imaginaire de Foltête vibre à la plus petite injonction, son érotisme aérien est d’une tendre impertinence. C’est en peignant, sculptant, transcrivant que l’artiste Gérald Foltête nous invite au voyage du regard mobile, à la quête de notre intime dans ce cosmos de l’humain. L’artiste nous suggère de dépasser nos limites. Rencontrer ce poète de l’espace-temps, c’est s’aventurer au plus près de notre vibration sincère de l’instant.